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La France agit pour la biodiversité

Présente sur deux continents et trois océans, riche de milieux très divers, la France présente une biodiversité exceptionnelle. Ce patrimoine si précieux est également l’un des plus menacés. C’est pourquoi la France s’est engagée, dès les années 1960, à préserver sa biodiversité. Regard sur les politiques françaises d’hier et d’aujourd’hui.

L’AVANT 2010

Premières politiques de protection de la nature

L’approche française de la protection de la nature a toujours été relativement singulière. Contrairement à certains pays anglo-saxons et d’Europe du Nord, dont l’ambition était de préserver les espaces de nature « vierge » de la présence humaine, la France s’est au contraire toujours attachée à étendre ses efforts aux milieux entretenus par l’homme.

Cette particularité mise à part, les politiques françaises ont bien évidemment évolué avec le temps et les avancées scientifiques. Les premières actions, au début des années 1960, visaient plus particulièrement à protéger les espaces et les espèces « remarquables », c’est-à-dire emblématiques d’une culture ou d’une région.

Les observations menées dans les années 1980 ont ensuite permis de prendre conscience de toute la complexité, l’immensité et la fragilité de la diversité biologique. Ce qui s’est traduit par une toute nouvelle approche de la protection de la nature : il fallait désormais protéger le vivant dans son ensemble et pour cela organiser la conservation de tous les milieux, de toutes les espèces et de leur diversité génétique.

Enfin, les années 1990 ont vu le développement des biotechnologies et l’exploitation des ressources génétiques. Il devenait alors impératif de gérer la répartition des bénéfices issus de ces ressources, sachant qu’elles étaient principalement issues des pays du Sud.

La stratégie nationale pour la biodiversité

Convaincue que la conservation de la biodiversité devait s’étendre à tous les secteurs d’activité sur l’ensemble du territoire, la France a adopté en 2004 la stratégie nationale pour la biodiversité (SNB), dont les quatre orientations structurantes sont :
-  mobiliser tous les acteurs ;
-  reconnaître sa valeur au vivant ;
-  améliorer l’intégration de la biodiversité par les politiques publiques ;
-  développer la connaissance scientifique et l’observation.

Cette stratégie s’appuie sur dix plans d’actions renouvelés tous les deux ans et pilotés par les ministères compétents. Ils concernent les secteurs suivants :
-  le patrimoine naturel ;
-  l’agriculture ;
-  la forêt ;
-  les infrastructures de transports terrestres ;
-  l’urbanisme ;
-  l’international ;
-  la recherche ;
-  l’outre-mer ;
-  la mer
- le tourisme.

De nombreuses actions ont déjà été engagées. La SNB a été largement renforcée par le Grenelle Environnement. Ce dernier indique également la nécessité de développer des stratégies régionales pour la biodiversité.

Les outils de la connaissance

L’orientation, le suivi et l’évaluation des politiques publiques et privées nécessitant un niveau d’information optimum, la France s’est dotée d’un vaste panel d’outils qui lui permettent d’affiner ses connaissances en matière de biodiversité. Sont mis à la disposition des experts, entre autres :
- une liste rouge d’espèces menacées d’extinction réactualisée chaque année par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) depuis 2007 ;
- des recherches scientifiques coordonnées menées notamment par le Muséum national d’histoire naturelle ou la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) et l’ensemble de leurs partenaires ;
- un réseau d’observation de l’état de santé de la nature ordinaire sur tout le territoire à l’image de l’Observatoire national des zones humides (ONZH) ou encore du réseau Vigie-nature ;
- de nouveaux indicateurs pour apprécier l’évolution de la biodiversité, les pressions exercées sur les écosystèmes et les réponses mises en œuvre ;
- un système national de centralisation et d’organisation des données naturalistes : le système d’information sur la nature et les paysages (SINP) ;
- le Conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité (CSPNB) : placé auprès du ministre chargé du développement durable, il permet d’orienter les décisions politiques.

Les engagements internationaux

En parallèle des ses actions sur le territoire, la France est un protagoniste à part entière des grands mouvements internationaux. Elle a ainsi signé la Convention sur la diversité biologique (CDB) à l’occasion du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992. Cette convention, qui marque un véritable tournant dans le droit international, compte aujourd’hui 190 États signataires. Elle vise trois objectifs :
- la conservation de la diversité biologique ;
- l’utilisation durable des espèces et des milieux naturels ;
- le partage juste et équitable des bénéfices issus de l’utilisation des ressources génétiques.

La France s’investit également au travers de l’Union européenne qui s’est dotée très tôt de moyens d’actions en faveur de la biodiversité. On retient notamment la directive pour protéger les oiseaux de 1979, complétée en 1992 par la directive pour protéger les autres espèces et les habitats, puis par la création du réseau Natura 2000. L’Europe a ensuite développé en 1998 sa stratégie pour la biodiversité avant de se fixer, en 2002, l’objectif de stopper la perte de la biodiversité à l’horizon 2010.

Enfin, la France assure depuis le 1er juillet 2009 et jusqu’en décembre 2011 la présidence de l’Initiative Internationale pour les Récifs Coralliens (ICRI) en coopération avec Monaco, et conjointement avec les Samoa. La France, qui compte à elle-seule 57 000 m2 de récifs coralliens et de lagons (10 % de la superficie mondiale), porte une responsabilité mondiale en matière de conservation de la biodiversité corallienne dont les impacts socio-économiques et et écologiques (pêche, tourisme, recherche médicale, environ 120 milliards d’euros estimés de « services » à l’humanité chaque année au niveau mondial…) ne sont plus à prouver.

A ce titre, la France et les Samoa ont présenté leur plan d’actions à l’occasion de la première assemblée générale de la présidence qui s’est tenue à Monaco du 12 au 15 janvier 2010. La formulation d’un nouvel appel à l’action internationale, la promotion et la fédération des initiatives, comme celle développée par la France depuis 1999 avec l’IFRECOR, la valorisation de la recherche scientifique et la sensibilisation des décideurs seront au cœur de l’action de la présidence.

L’APRÈS 2010

2010 est un rendez-vous international incontournable de la biodiversité, et ceci à plus d’un titre :
- 2010 a été proclamée « Année internationale de biodiversité » par l’Organisation des Nations unies, pour alerter l’opinion publique sur l’état et les conséquences du déclin de la biodiversité dans le monde ;
- en octobre 2010, les 190 pays signataires de la Convention sur la diversité biologique se réunissent à Nagoya (Japon) pour faire le point sur « l’objectif 2010 » de diminuer significativement la perte de la biodiversité et d’établir un plan de lutte pour la période post-2010.

La France veut profiter de cette visibilité accordée à la problématique de la biodiversité pour asseoir ses convictions et souligner notamment l’importance de mieux évaluer l’ensemble des services rendus par les écosystèmes et de préciser et mettre en œuvre des modalités pour leur compensation lorsque leur destruction est impossible à éviter.

L’État se concentre sur quatre principaux axes de travail :
- protéger le patrimoine naturel terrestre et maritime en développant les aires protégées sur terre et en mer ;
- protéger la faune et de la flore, en encadrant les rapports de l’homme avec les espèces rares et en danger, en multipliant les plans d’action pour protéger les espèces et leurs habitats et en renforçant la lutte contre les espèces envahissantes ;
- éviter, limiter et compenser les impacts sur la biodiversité des projets touchant notamment les secteurs suivants : infrastructures, aménagements, installations industrielles, plan d’urbanisme, plan de gestion, plan de déplacement ;
- s’appuyer sur une stratégie transversale impliquant tous les secteurs : la stratégie nationale de la biodiversité et le Grenelle Environnement (Lire également La place de la biodiversité dans le Grenelle Environnement) ;

visuelLa France agit pour la biodiversité

Garde du littoral (Gironde)

Crédit : Laurent Mignaux - Meeddm

10 actions pour l’avenir

Dix actions concrètes seront mises en place dès 2010 aux niveaux national et local dans le but de stopper la perte de la biodiversité. Les voici :

1) Créer les inventaires communaux
L’enjeu est ici d’inciter les élus locaux à mettre en place de nouveaux outils de connaissance, pour mieux faire prendre conscience de la richesse de nos écosystèmes et de la nécessité de les conserver.

2) Développer les sciences participatives
Les citoyens sont invités à apporter leur contribution à la connaissance de la biodiversité. Des dispositifs vont être mis en place pour que le plus grand nombre puisse, par l’observation de son environnement quotidien, participer à la création de recueils de données à l’instar de ce qui existe déjà pour les oiseaux, les papillons ou encore les chauves-souris.

3) Sensibiliser le grand public à la “biodiversité
Lancer une mobilisation populaire en faveur de la biodiversité est le grand défi de 2010. Pour ce faire une grande campagne de communication est lancée. La télé, la presse, la radio, le web… tous les médias sont sollicités pour faire entendre la voix de la biodiversité. Tout au long de l’année, les citoyens seront également invités à de nombreux événements festifs locaux.

4) Réaliser un inventaire du Patrimoine naturel de l’État
Protéger c’est avant tout connaître. Si la France connaît bien son patrimoine culturel et les œuvres qui le composent, il n’en va pas de même concernant le patrimoine naturel. Un des objectifs de 2010 est donc de lancer un grand inventaire faunistique et floristique des zones dont l’État est propriétaire : forêts domaniales, terrains militaires, aires protégées…

5) Renforcer la recherche française sur la biodiversité
Notre connaissance de la biodiversité reste encore incomplète tant le nombre d’espèces animales et végétales est grand. En outre, nombre de services rendus par le fonctionnement des écosystèmes demeurent méconnus. Pour remédier à cette situation et assurer notre capacité d’innovation, un fort soutien est accordée à la recherche.

6) Renforcer l’implication de l’économie dans la préservation de la biodiversité
Économie et biodiversité sont intimement liées. D’une part, la biodiversité a besoin de l’économie. De nouveaux outils économiques doivent notamment être pensés pour financer les politiques de protection de la nature. D’autre part, l’économie a besoin de la biodiversité puisque elle représente un fort potentiel de développement pour les entreprises.

7) Renforcer la stratégie nationale pour la biodiversité
Depuis 2004, la Stratégie Nationale pour la Biodiversité structure les politiques françaises en matière de biodiversité. 2010 est l’occasion de faire le bilan de la Stratégie et de ses plans d’action, de proposer des pistes d’avenir en vue de sa révision. Parallèlement, 2010 va également permettre de faire un état des diverses stratégies qui existent en régions.

8) Accélérer la réalisation des plans nationaux d’action en faveur des espèces menacées
Parce que s’engager pour la biodiversité c’est aussi avoir un devoir moral envers chaque espèce, les animaux et les végétaux en danger critique d’extinction doivent bénéficier de mesures de protection prioritaires.

9) Préserver la richesse ultra-marine
La majorité du patrimoine naturel de la France se trouve dans ses départements et collectivités d’outre-mer. Mais la biodiversité ultra-marine est aussi riche qu’elle est fragile. Bien souvent, le contexte insulaire de l’outre-mer rend les équilibres écologiques très précaires. L’outre-mer requiert ainsi une attention toute particulière.

10) Créer une plateforme intergouvernementale sciences et politique
En 2010, la France poursuit son engagement en faveur de la création d’une plate-forme intergouvernementale pour la biodiversité. Parce que la biodiversité est l’affaire de tous et nous relie tous, la création d’une telle structure, qui permettrait un dialogue permanent entre les responsables politiques de la planète et les experts, est devenue une nécessité absolue.